Après le virage pop et poli d’Ohio Players, Dan Auerbach et Patrick Carney opèrent un retour de flamme salvateur avec Peaches!, leur quatorzième album studio. Conçu dans l’urgence et né de leurs sessions DJ « Record Hang », ce disque de dix reprises puise sa force dans les racines profondes du blues, de la soul et du rock garage du XXe siècle. Enregistré en prise directe dans une seule pièce, l’album abandonne les artifices pour retrouver la sueur et l’électricité brute qui caractérisaient les débuts du duo d’Akron.
Dès l’ouverture volcanique avec Where There’s Smoke, There’s Fire, le ton est donné : des cuivres incisifs épaulent une rythmique lourde et sans fioritures. Le premier single, You Got to Lose, ressuscite un rock ‘n’ roll binaire et viscéral, tandis que les relectures de Junior Kimbrough (Tomorrow Night) et de R.L. Burnside (Fireman Ring the Bell) rappellent la parenté évidente de ce projet avec l’excellent Delta Kream (2021). Accompagné par les pointures Kenny Brown, Eric Deaton et Jimbo Mathus, le groupe joue à l’instinct. La guitare de Dan Auerbach, hargneuse et saturée, dialogue à merveille avec la batterie primitive de Patrick Carney. On ressent une sincérité désarmante, accentuée par le contexte personnel difficile entourant l’enregistrement.
Cependant, Peaches! n’échappe pas à certains pièges inhérents à l’exercice. Si la première moitié du disque s’avère hautement addictive, la formule tend à se répéter à mi-parcours, créant un léger effet de redondance. La longue jam finale de sept minutes, Nobody But You Baby, bien qu’envoûtante par son atmosphère psychédélique, s’étire un peu trop en longueur et manque de la tension dramatique nécessaire pour clore l’album en apothéose.
En définitive, Peaches! est un disque de puristes, fun et profondément habité. Les Black Keys ne révolutionnent pas leur formule mais rappellent à tout le monde qu’ils restent des passeurs d’histoire hors pair. Un disque imparfait mais authentique.